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L'indigestion.

schema du tractus digestif
Vue schématique du tractus digestif des gallinacés.
Les aliments atteignent le jabot par le gosier et l'oesophage primaire.
Le jabot est un sac de stockage situé à l'avant de la poitrine, sur le côté droit, les aliments y stagnent et ramollissent par l'action de la salive et des enzymes, diffusés par sept paires de glandes salivaires.
Par contorsions, les aliments vont atteindre le proventricule par l'oesophage secondaire, cet organe injecte des acides qui vont faire une pré-digestion, c'est l'estomac chimique.
Les aliments atteignent ensuite le gésier, c'est l'estomac mécanique, constitué de puissants muscles et d'un revêtement interne en Kératine.
Les gallinacés avalent des gravillons à plusieurs arrêtes, non tranchantes, pour faciliter le broyage des aliments très durs; lorsque les gravillons sont usés, ils sont rejetés.
Les aliments préparés par ces trois organes atteignent ensuite l'intestin, qui, sur toute sa longueur, va assurer la digestion.
Chaque segment de l'intestin puisera les éléments indispensables à la vie.


L'indigestion peut être provoquée par différentes pathologies :
1) Lors de la maladie tumorale, causée par une alimentation à base de granulés chimiques, des tumeurs peuvent bloquer le tractus en aplatissant l'oesophage secondaire.

2) Lorsque la maladie tumorale mute en cancer généralisé l'animal souffre tellement qu'il ne peut plus vider son jabot.
Malgré un poids constant, en palpant les muscles pelviens on remarque une cachexie spectaculaire, la perte de poids musculaire est compensée avec ce qui stagne dans le jabot et très souvent par la présence d'ascite dans l'abdomen.

3) Lorsqu'un corps fait obstacle : Nous avons autopsié des poules ayant avalé des escargots entiers, dans ce cas, la coquille de l'escargot obstrue l'embouchure de l'oesophage secondaire.
Une rondelle de carotte, même cuite, peut former clapet à la sortie du jabot.

4) Une poule trop goulue, en couvaison : Si l'aliment est très appétant, elle en mange trop et très vite, il y a alors élévation brutale de la température interne et le coeur lâche.

5) La capillariose : Vers fins qui restent fichés dans la muqueuse interne du jabot et qui détournent les protéines à leur profit.
On définit cette pathologie assez facilement car le jabot est disproportionné mais mou, trop de liquide et production de gaz, souvent accompagné de régurgitations.

6) Ascaridiose, amas de vers de l'oesophage secondaire au proventricule.

Ces cas provoquent un blocage digestif, l'animal ne peut plus manger, sa faim n'est pas assouvit, l'inanition le guète.

Le plus grave est que si les aliments ne passent plus, la boisson non plus, c'est le risque de la déshydratation.
Les gallinacés sont dépourvus de vessie, les deux reins à trois lobes chacun, rejettent l'urine par le cloaque par deux uretères.
Si la quantité d'eau contenue dans le corps s'abaisse, le sang se charge en toxines et c'est la mort par déshydratation.

7) Hypertrophie par absorption d'un volume important d'herbes longues,de foin, de paille, etc..
Etude d'un tel cas :

Une poule nommée Cocotte, de race Cayenne, nous est apportée, avec un jabot hypertrophié, de la taille d'un pamplemousse :
poule avec un jabot enorme

Masse dure, impossible d'employer la pompe à vide tubulaire pour tenter de vider : Intervention chirurgicale obligatoire.
Hors de question de faire une anesthésie générale, comme il est dit plus haut, par manque d'eau, les risques de saturation sanguine sont grands, soit, anesthésie locale de la peau et de la muqueuse du jabot.

Ingluviotomie :Incision de 3cm en évitant l'artère, l'incision doit-être faite verticalement jamais horizontalement sinon la suture ne tient pas.
sortie d'un gros volume de foin
Extraction d'un volume impressionnant de matière, constituée en majorité d'herbes trop longues s'étant enchevêtrées, formant comme un nid, odeur de décomposition, présence de grains de maïs ne pouvant pas passer.
Impossibilité d'inciser davantage, il a fallut extraire paquet par paquet, puis terminer par plusieurs lavages à l'aide d'une grosse seringue et de l'eau tiède, temps de l'intervention : 1h15, ce qui est limite car il faut remettre plusieurs fois de l'anesthésiant et fatalement il en passe toujours un peu dans le sang, surveiller constamment l'animal pour ne pas qu'il s'endorme et insuffler régulièrement de l'oxygène mais pas trop, au risque d'une sur-oxygénation sanguine.

Poids de Cocotte : 950g, poids de la masse enlevée : 262g, soit, près du quart du poids de Cocotte.

Suture simple en point de croix, en veillant à ce qu'il n'y ait pas de fuite possible.
Application d'un antiseptique cutané.
Un pansement adhésif n'est pas possible sur cette région : Compresse et bandage mais pas trop serré.

Et voila notre Cocotte debout :
au bout de 4h30 après ingluviotomir la poule peut manger
Quatre heures trente après l'opération, Cocotte a pu manger de la salade et du maïs cuit, coupés en petits morceaux, c'est à dire des aliments contenant de l'eau car hors de question de la laisser boire avant le lendemain.
Surveillance plusieurs fois dans la nuit.
la poule retrouve ses occupations

72h00 après l'opération :
bande enlevé il reste la compresse
La bande est enlevée, il ne reste que la compresse qui a un peu collé, que va t'on trouver dessous ? Il y a toujours une petite appréhension :
Malgré le soin apporté pour la meilleure asepsie possible, le risque est celui d'une surinfection, les plumes peuvent supporter poussière et bactéries, on ne peut pas raser comme on le fait pour un animal à fourrure.
On ne peut pas laisser un gallinacé sans plume en attendant la prochaine mue !

Mais non, tout va bien !
compresse enlevée la plaie est propre rest a enlever la suture
La peau est saine, remarquable cicatrisation des gallinacés, il ne reste qu'à enlever le fil de suture, il ne faut pas attendre, au risque d'une inclusion, il est d'ailleurs préférable de terminer la suture par une boucle, afin de l'enlever plus facilement.

 jour 7 cocotte est en pleine forme
Septième jour : A fond la forme ! Cocotte a pris cent cinquante grammes, c'est correct, il ne s'agirait pas d'avoir une seconde indigestion en étant trop goulue pour compenser le manque alimentaire.

cocotte peut retourner chez-elle guérie
Jour du départ, Cocotte va pouvoir retrouver ses maîtres, son coq, son environnement.
Dans un sens, c'est notre plus belle récompense, de l'autre, il y a toujours un pincement au coeur, parce qu'il ne faut pas se faire d'illusions, lorsque nous opérons, ce n'est pas le scalpel et les instruments de chirurgie que nous avons en main mais la vie d'un animal.
Et une vie, c'est ce qu'il y a de plus important, c'est irremplaçable.

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